« Grosse » de Yannick Dupagne

Ancien professeur de mathématique et d’informatique, ancien directeur d’école en Afrique centrale et en Belgique, ancien accompagnateur de direction dans le réseau catholique belge, mais aussi collaborateur pédagogique à Bumba, en République démocratique du Congo où il effectue des missions de longue durée depuis qu’il est retraité, Yannick Dupagne a choisi cette fois la fiction pour partager avec nous son expérience congolaise. Mais s’il insiste bien sur l’aspect imaginaire de son roman… il n’en traite pas moins d’une problématique réelle : Quelle est la place d’une fille dans un environnement patriarcal qui l’écrase ?

Émerance, violée par un de ses professeurs alors qu’elle n’a que quinze ans, devient vite coupable de grossesse. L’institution catholique, soucieuse de « préserver la moralité » s’empresse de la renvoyer, malgré l’appui d’un de ses enseignants, révolté par l’injustice de cette décision.

Parallèlement au sort réservé aux femmes dans la société congolaise, le roman aborde la question du respect des traditions au nom de la pseudo « culture congolaise », à travers les joutes entre André, le professeur de mathématique qui a voyagé et s’est frotté à d’autres sociétés et les autres professeurs (« On n’est pas au Canada ici, ni au Cameroun »), dont la formation est infime et dont la pédagogie se résume à la reproduction de ce qu’ils ont eux-mêmes appris – de préférence par cœur et sans comprendre réellement ce qu’ils enseignent.

La description minutieuse de la vie quotidienne des étudiant(e)s et enseignants d’une école -imaginaire- de Bumba est traversée d’un cri de colère tempéré par un humour croustillant qui permet au lecteur de prendre de temps à autre distance face à l’injustice des faits dénoncés.

Grosse, Yannick Dupagne, éd. L’harmattan, 2026

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