« Grosse » de Yannick Dupagne

Ancien professeur de mathématique et d’informatique, ancien directeur d’école en Afrique centrale et en Belgique, ancien accompagnateur de direction dans le réseau catholique belge, mais aussi collaborateur pédagogique à Bumba, en République démocratique du Congo où il effectue des missions de longue durée depuis qu’il est retraité, Yannick Dupagne a choisi cette fois la fiction pour partager avec nous son expérience congolaise. Mais s’il insiste bien sur l’aspect imaginaire de son roman… il n’en traite pas moins d’une problématique réelle : Quelle est la place d’une fille dans un environnement patriarcal qui l’écrase ?

Émerance, violée par un de ses professeurs alors qu’elle n’a que quinze ans, devient vite coupable de grossesse. L’institution catholique, soucieuse de « préserver la moralité » s’empresse de la renvoyer, malgré l’appui d’un de ses enseignants, révolté par l’injustice de cette décision.

Parallèlement au sort réservé aux femmes dans la société congolaise, le roman aborde la question du respect des traditions au nom de la pseudo « culture congolaise », à travers les joutes entre André, le professeur de mathématique qui a voyagé et s’est frotté à d’autres sociétés et les autres professeurs (« On n’est pas au Canada ici, ni au Cameroun »), dont la formation est infime et dont la pédagogie se résume à la reproduction de ce qu’ils ont eux-mêmes appris – de préférence par cœur et sans comprendre réellement ce qu’ils enseignent.

La description minutieuse de la vie quotidienne des étudiant(e)s et enseignants d’une école -imaginaire- de Bumba est traversée d’un cri de colère tempéré par un humour croustillant qui permet au lecteur de prendre de temps à autre distance face à l’injustice des faits dénoncés.

Grosse, Yannick Dupagne, éd. L’harmattan, 2026

Chroniques covidiennes : Premier confinement

C’était il y six ans et pourtant on a l’impression que l’actualité et l’oubli ont relégué le vécu et les émotions qui y sont lié au grenier de notre Histoire. J’ai choisi de raviver notre mémoire de cette époque où le Covid 19 avait changé nos vies. Rappelons-nous le premier confinement…

Un peu plus de silence

enclos dans le jardin :

le temps a pris le temps

de suspendre son pas

et le regard se pose

plutôt que d’y glisser

sur la vie qui explose

en ce lieu confiné.

La lumière surprise

dans une goutte d’eau

réjouit le voyeur

étendu ventre à terre.

On se croirait pareil

au premier jour du monde

s’il n’y avait la mort

près du jardin qui rôde.

12 mai 2020

Chroniques covidiennes… Il y a six ans

Première vague

Ils n’ont pas demandé à être des héros

Ils n’ont pas demandé à bricoler leurs armes

ni à partir au front sans savoir s’ils sont sains

s’ils sont porteurs de soin ou bien facteurs de larmes.

Ils n’ont pas demandé qu’on les prenne pour Dieu

et ils n’ont pas choisi de reprendre son rôle

à choisir qui soigner en premier à définir les tours de rôle.

On a sommé les troupes de s’avancer toutes nues

sans moindre protection

sans test sans gel sans masque.

Ils comptent seulement que les cloches et les cris

qui tintent à vingt heures saluant leur courage

ne couvriront le bruit de leurs appels

et de leur rage

et qu’on se souviendra des promesses du printemps.

Die verborgene Seite / La Face cachée

A corked glass bottle with a rolled paper inside floating on rough ocean waves near a rocky coastline under a dark, cloudy sky.

Parfois, on répond à un appel à textes, comme on enverrait un message dans une bouteille jetée à la mer… Après l’ivresse des quatre représentations de la pièce, je ne pouvais pas me résoudre à ranger « La Face cachée » dans le placard. Alors je me suis mis à la recherche d’une suite possible de l’aventure.

C’est en décembre 2025 que je découvre sur le site du Centre des écritures dramatiques Wallonie-Bruxelles, une proposition lancée par le comité francophone d’Eurodram qui souhaite effectuer, courant mars 2026, une sélection de trois pièces destinées à être traduites et diffusées dans les différents comités du réseau.

C’est avec énormément de surprise et de fierté que je reçois, courant janvier ce message : « Monsieur, Membre du comité de lecture d‘Eurodram et Traductrice à Vienne, je viens de découvrir votre pièce „La Face cachée de la Lune“ qui m‘a énormément plu et que j‘aimerais bien traduire en allemand, avec votre accord, bien-sûr. En attendant votre réponse, meilleures salutations. Margret Millischer. »

Curieuse impression d’entendre Lou et Wolf converser en allemand : c’est avec un sentiment paradoxal d’étrangeté et de familiarité que je redécouvre mon texte.

Dans les cuisines de l’auteur-conteur

Mes « Contes de nulle part et légendes d’ailleurs », écrits au moment du Covid, j’ai entrepris de les relire et les améliorer. J’ai choisi de les écrire en vers libres, une manière d’indiquer le rythme que je souhaite lui donner: un vers représentant une unité de souffle.

Après le premier jet, j’ai laissé reposer (comme on le fait pour la pâte en cuisine), puis j’ai retravaillé essentiellement en passant par le « gueuloir », une technique utilisée par Flaubert et qui consiste à lire le texte à haute voix pour déceler les répétitions, apprécier le rythme, la musicalité. C’était le premier filtre.

Ensuite, pour le mémoriser, j’ai tenté d’utiliser une technique que j’avais expérimentée lors de mes premières conférences gesticulées : la traduction par l’image. Ce qui m’a permis en outre de sabrer dans le texte les passages trop abstraits, peu visuels. Il ne reste plus enfin qu’à le mettre en scène…

Pour le conte qui conte, le prologue du recueil qui parle de la nature même du conte, cela donne ceci :

Prologue

Le conte qui compte c’est celui qui t’attend dans le secret de la pénombre quand tes pieds fatigués te disent :  » Pose-toi là, tu n’iras pas plus loin ». Quand ta tête se vide de ses tourments et te laisse un moment hors du temps.

Le conte qui compte s’inscrit dans le silence qui précède et accueille la parole ; car ce conte ne se lit pas, il se dit. Dans la bouche du conteur, il attend son heure. Il peut attendre longtemps, des mois durant, avant que le récit prenne corps, que les mots s’agencent, que les héros s’incarnent dans l’histoire. Et le conte qui surgit alors a pris l’accent de son terroir de Bretagne, de Provence, de Namur ou d’ Arlon ou du pays des Mille et une nuits.

Prochaine présentation de La Face cachée

À l’invitation de la Manuf’, La Compagnie Tricéphale présente La Face cachée

Le vendredi 30 mai 2025 à 20h

Salle des fêtes de l’ISMA, 33 rue de Bastogne à ARLON

Comédie pour deux acteurs et un ascenseur.

Durée : 1h20… sans entracte.

Un texte de Christian Schandeler
mis en scène par Sandrine Lavallée.


Avec Gaëtane Goosse (Lou)
et Jean-Luc Antoine (Wolf)